La cavalerie de la Garde

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 Historique du régiment des Guides de la Garde

 

Le régiment des Guides est créé par decret du 23/10/1852, c'est-à-dire deux ans avant la création officielle de la Garde Impériale. Il est formé sur la base des deux escadrons des Guides de l'état major, auquels sont ajoutés des cavaliers pris dans les régiments de dragons, de lanciers et des chasseurs d'Afrique existants. Les cavaliers provenant des autres régiments de cavalerie légère seront ajoutés en 1853, une bonne partie de la troupe provenant du licenciement du 13e régiment de chasseurs.

Sous l'influence de son premier chef de corps, le lieutenant colonel Fleury, le régiment des Guides reçoit tout de suite une tonalité aristocratique dont les traditions sont calquées sur les meilleurs régiments anglais (avec notamment l'existence d'un mess, où les officiers de tout grade se cotoient sur un pied d'égalité et une musique composée de gagistes payés très cher). Caserné à l'école militaire, le régiment de 1200 hommes est pour la première fois passé en revue par l'Empereur le 30/1/1853 à l'occasion des cérémonies de son mariage. Les Guides reçoivent un traitement de faveur de la part du régime impérial, puisqu'un peloton du régiment est systématiquement désigné pour faire l'avant garde de l'escorte du souverain. Il est aussi employé pour l'organisation des chasses impériales, des guides servant de rabateurs et d'escorte aux invités de marque.

En mars 1855, le régiment est prévu pour partir en Crimée, mais l'Empereur ayant finalement décidé de ne pas y prendre le commandement de l'armée, contre ordre est donné au grand désapointement des troupes.

Le 4/5/1859, le régiment reçoit ordre de partir pour l'Italie. Rassemblé à Marseille, il rejoint Gênes par voie de terre, puis Alexandrie. Le régiment est à Novare lors de la bataille de Magenta, et seul un peloton d'escorte du général commandant la Garde Impériale y participe. Après avoir traversé Milan et Brescia, salué par l'entousiasmes des italiens, le régiment est à Solférino et met à trois reprises le sabre à la main pour charger l'ennemi à 150 metres du front, mais par trois fois l'ennemi se dérobe.

Après la guerre, le régiment participe au défilé de la victoire à Paris. En 1866 il est au camp de Chalons pour les manoeuvres.

Le 20/7/1870, les Guides partent pour la Loraine et se réunissent à Metz. Un escadron (le 5e) sert d'escorte à l'Empereur et le suivra jusqu'à la capitulation de Sedan. Le reste du régiment est engagé le 16 aout à Gravelotte, en couverture du flanc gauche du corps de la Garde et de ses batteries d'artillerie. Il subit quelques pertes sans conséquences. Il n'est pas plus engagé deux jours plus tard à Saint Privat.
Durant le siège de Metz, le régiment subit le désastre des privations et de la capitulation, devant notamment envoyer progressivement ses chevaux à la boucherie. Après la capitulation de l'Empire, la Garde est supprimée et les escadrons des Guides sont intégrés dans les rangs du 9e régiment de hussards (le 4/2/1871).

 

  

Joachim Joseph Napoléon 4e Prince Murat

 

Né le 21/7/1834 à Bordertown aux Etats Unis, c'est le petit fils du maréchal Murat, Roi de Naples et de la princesse Caroline Bonaparte.

Revenu en France avec son père après la révolution de 1848, il s'engage à 18 ans au 3e régiment des chasseurs d'Afrique. Il s'y distingue au cours de deux expéditions de Kabylie et dans la province de Constantine, ce qui lui vaut de recevoir la médaille militaire, puis une promotion comme Sous Lieutenant.

Il passe alors au régiment des Guides et sert comme officier d'ordonnance de l'Empereur son cousin. Capitaine lors de la campagne d'Italie, il est à Magenta et à Solférino.

Promu Chef d'escadrons au retour d'Italie, il devient Lieutenant Colonel 24/1/1863, puis Colonel en aout 1866. Au mépris des traditions qui veulent que les officiers changent de corps en même temps que de grades, toutes ces promotions s'effectuent aux Guides.

Parangon du régime et de ses fastes, il est ici photographié dans la somptueuse tenue de bal, avec culotte hongroise soutachée d'or et les bottes vernies, portée notamment lors des soirées aux Tuileries.

Nommé Général de brigade en juillet 1870, le plus jeune de l'armée, il est engagé à Rezonville où sa brigade de cavalerie est citée à l'ordre du jour de la division. Après la guerre de 1870, le Prince Murat ne retrouvera pas de commandement actif, la République ignorant naturellement ce symbole du régime déchu.

Murat décède le 23/10/1901 au chateau de Chambly, commandeur de la légion d'Honneur.

Photo Levitsky (Paris)


Bernard Marie Elie de Comminges

Né le 6/3/1831 à Saint Lary (Haute Garonne). Comme beaucoup de jeunes gens de bonne famille, désoeuvrés et sans grandes qualités de fond, il s'engage comme simple cavalier au 4e régiment de chasseurs à cheval en avril 1848, espérant que son nom et ses relations lui faciliteront la carrière.
Après avoir échoué à Saint Cyr, il rejoint le 6e lanciers. Il y est nommé brigadier fourrier, puis marechal des logis en 1851 et enfin adjudant.

Ses relation finissant par payer, il est nommé Sous Lieutenant le 21/2/1855 aux Guides. Il rejoint là un régiment à sa mesure, à l'apogée de l'Empire, où les jeunes officiers profitent à plein de l'ambiance distinguée du régiment (avec un mess où les officiers sont servis par des valets en livrée) et des facilités qu'il leur ouvre dans le monde.

Dans ses souvenirs, il décrira sa période militaire comme une suite de bals, de conquêtes féminines et de niches faites à ses supérieurs. Il décrit ainsi, de manière un peu condescendante, le corps des officiers : "Il n'était pas aussi select qu'on pourrait le croire. Beaucoup de jeunes gens très bien nés, plusieurs portant de grands noms, mais un tiers environ très bourgeois et souvent parfaitement communs. Nous appelions cette faction "la petite Pologne". J'eus le bon esprit d'être en excellent termes avec eux."

Après avoir participé à la campagne d'Italie "en touriste", il donne sa démission le 5/5/1861.

Il reprend du service lors de la guerre de 70 comme chef de bataillon des mobiles de la Haute Garonne et participera à la guerre dans l'armée de l'est. Il reçoit la croix de chavalier de la Légion d'Honneur le 22/8/1871.

Photo Crémière (Paris)

    


     

Joseph-Emile Anatole Clément

Né le 6 avril 1821 à Paris. Il a fait Saint Cyr (promotion des cendres 1840-1842). Il est nommé Sous Lieutenant en 1842, puis Lieutenant en 1849 au 13e régiment de Chasseurs.


Le 31/10/1852, le 13e chasseurs est dissous pour former le régiment des Guides de la Garde Impériale. Clément fait partie des huit officiers transférés du régiment vers les Guides. C'est l'archétype de l'officier de la "petite Pologne", brocardé par de Comminges.

 

Il y est nommé Capitaine le 15 juillet 1853 et occupe le poste de capitaine adjudant-major jusqu'en 1859. Il participe à la campagne d'Italie et y est décoré de la Légion d'Honneur. Revenu en France, il se fait photographier par le célèbre Disdéri, en petite tenue avec sa pelisse, dans une pose crâne, bien dans la culture des Guides à l'apogée de l'Empire.


Il quitte la Garde en 1861 et est nommé au 4e régiment de cuirassiers ; il sera détaché au Service des Remontes (dépôt de Saint-Lô, 1ère Circonscription de Remonte) dès 1862 comme officier acheteur. En 1864 et 1865, il commande le dépôt de Saint-Lô et à partir de 1866, le dépôt de Caen (1ère Circonscription de Remonte).


Le 12 août 1866 il est nommé Chef d'escadrons, au 2e Spahis, mais placé "en activité hors-cadre", détaché au Service des Remontes, et toujours à la tête du dépôt de Caen. Il y sera encore en 1870, officier de la Légion d'Honneur depuis 1869.


Il passe Lieutenant Colonel le 14 octobre 1870 au 14e régiment de chasseurs à cheval. Il est mort le 12/1/1873.

Merci à jérôme Lantz. Une autre photo du capitaine Clément est visible sur son site

Photo Disdéri (Paris)


Cet officier en grande tenue des Guides est un major, comme l'indiquent la couleur de ses galons et notamment la teinte plus claire du galon du bas.

Il s'agit probablement d'Alphonse Benoît Forceville

 

Né le 1/12/1820 à Passy, Capitaine le 11/4/1848, il est au 2e régiment de chasseurs à cheval et y sert notamment comme trésorier en 1854.

Il est promu Chef d'escadrons le 17/3/1855, major au 2e régiment de cuirassiers. Il rejoint le régiment des Guides comme major et y sert entre 1858 et 1863, ayant reçu la croix de la légion d'Honneur en juin 1858. Il est promu officier de la Légion d'Honneur le 21/4/1863.

Lieutenant Colonel le 13/8/1863, il passe au 7e régiment de Dragons.

Colonel en octobre 1868, il fait la guerre de 1870 à  la tête du 1er régiment de dragons de la brigade Murat et sert à l'armée de Metz et charge la brigade Bredow lors de la bataille de Rezonville. Après la guerre, il prend le commandement du 5e régiment de dragons jusqu'en 1874.

Il meurt le 27/7/1895.

  

 


 
   

Marie Charles Henry le Scellier, vicomte de Chézelles

 

Né le 8/3/1832 au château familial de Frières-Faillouël.

Aristocrate, il est nommé Sous Lieutenant le 2/1/1855 au régiment des Guides de la Garde, mais sa vocation militaire est de courte durée, puisqu'il n'y figure plus en 1861.

Lors de la guerre de 1870, il reprend du service comme Commandant du 3e Bataillon des Mobiles de l’Aisne. Il est à Laon au moment du siège et de la capitulation de la place, qui subit ensuite la catastrophe de sa poudrière dont l'explosion provoque de nombreuses victimes dans la garnison.

Après la guerre, il se retire dans ses terres et s'illustre dans la vie mondaine par ses activités sportives, se révélant un spécialiste de la vènerie et maître de l'équipage de Chantilly en 1885.

Il meurt le 17/3/1899 lors d'une épidémie d'Influenza, la même nuit que son épouse, terrassée par le même mal.

 

Photo Mayer et Pierson (Paris)


Alexandre Ernest Albaret

 

Né le 11/12/1813 à Montpellier, ce saint cyrien de la promotion de Zaatcha (1849-1851) est nommé Sous Lieutenant le 1/10/1851 au 2e régiment de lanciers.

Promu Lieutenant le 12/1/1856, il rejoint le régiment des Guides de la Garde deux ans plus tard. Il est ici photographié dans le magnifique uniforme de grande tenue de ce corps, portant les galons de Lieutenant.

Il fait campagne en Italie en 1859 et est promu Capitaine le 17/1/1863. Quelques jours plus tard, il est transféré au 1er régiment de hussards. C'est comme commandant en second du 3e escadron qu'il suit son régiment en Algérie. Il va y servir dans la province d'Oran au sein de la colonne du général Rose destinée à opérer contre les Flittas. Il a d'ailleurs un engagement le 30 juin 1864 à Dar Ben Abdallah. Durant les 4 ans passés en Algérie, le régiment est régulièrement engagé dans des colonnes de pacification et Albaret est nommé commandant du 5e escadron.

C'est dans ce commandement qu'il participe à la guerre de 1870 et le 1er septembre aux charges de Sedan.

Il y est tué et il est enterré à la place même de sa mort, au Fond des Noyers : une plaque de marbre entourée d'une grille, une épitaphe, quelques charmes aux quatre angles.

 

Photo Le Gray (Paris)

  


  

Robert Jean Baptiste Florand

 

Au déclanchement de la guerre de 70, Florent est adjudant vaguemestre du régiment et fait partie des escadrons de guerre envoyés à l'armée. Le régiment n'est pas activement engagé lors des combats, restant le plus souvent en réserve, ce qui n'évite pas quelques pertes. Après la défaite de Saint Privat, le régiment est bloqué à Metz comme le reste de l'armée.

Florand est promu Sous Lieutenant le 26 aout, durant le siège à Metz. Il va assister à la lente agonie de l'armée, d'autant plus dure pour un officier de cavalerie que les chevaux sont progressivement abbatus pour fournir de la viande à l'armée. Le 26 octobre l'armée capitule et Florand est envoyé en captivité en Allemagne. C'est à l'occasion de sa captivité qu'il se fait photographier à Bonn. Il porte le dolman et sa pelisse, ainsi que son épée. Il arbore en outre le képi (orné d'un galon d'élite sur le bandeau et du noeud hongrois à la hussarde) qui a remplacé le bonnet de police d'ordonnance peu avant l'entrée en campagne.

Après la guerre et la dissolution de la Garde Impériale, le régiment des Guides devient le 9e Hussards. Florand y retrouve son poste, avant d'être promu Lieutenant le 26/2/1874. Il sert quelques temps comme officier d'ordonnance du général  de Vouges de Chanteclair, commandant la 7e brigade de cavalerie à Vesoul. Les débuts de la IIIe République marquent un renouveau de la cavalerie française et l'historique du 9e hussards indique pour cette période "C'est l'époque brillante du régiment, le corps des officiers et le corps des sous officiers sont magnifiques ; l'instruction à tous les degrés est remarquable, surtout l'équitation. Les petits papiers, les cross country sont à la mode. Tout le monde, même les femmes d'officiers, monte à cheval. Le régiment donne cette année là à Vesoul une cavalcade superbe lors d'une fête de bienfaisance". 

En 1877 Florand est promu Capitaine et passe comme capitaine d'habillement au 3e régiment de Dragons. Il prend sa retraite peu après cette date.

 

Photo Westhoven (Bonn)


Marie Jules Tournier

Saint Cyrien de la promotion de l'Empire (1852-1854), Marie Jules Tournier est nommé Sous Lieutenant le 1/10/1854 au 3e régiment de Cuirassiers, puis Lieutenant le 30/12/1857. En 1860, il est détaché à l'école de Saumur comme officier d'instruction.

Nommé Capitaine le 12/3/1862, il passe au régiment des Guides de la Garde en 1864. Il n'y restera que deux ans, puisqu'en 1866, il passe au 4e régiment de Chasseur d'Afrique. il reçoit la croix de la Légion d'Honneur peu après.

En 1870, il commande le 4e escadron du régiment. Parti de Mascara le 20 juillet, le régiment est affecté à la division du général Margueritte au camp de Chalons. A Sedan, le 1/9/1870, le régiment est engagé lors des charges du soir vers Floing. Tournier, séparé d'une partie de son escadron demande à se joindre avec les hommes qui lui reste à ceux du 3e escadron qui se prépare à charger. Cette demande est accordée, sous condition que le chef du 3e escadron, le lieutenant Peffault de Latour en conserve le commandement. "Ca m'est égal, répond Tournier, je chargerai bien sous les ordres de de Latour". L'escadron n'arrive cependant pas à joindre l'ennemi.

Après la guerre, Tournier est promu Chef d'escadrons le 11/6/1872 et nommé au 1er régiment de Hussards qu'il rejoint en garnison à Sétif. Il passe quelques temps après au 6e régiment de Husssards. Promu Lieutenant Colonel le 19/7/1879 au 20e régiment de chasseurs, il est retraité en 1887, officier de la Légion d'Honneur.

  


 

   

Ce cliché pris en 1861 rassemble trois des plus distingués officiers des Guides de la Garde ; certainement distingués par leur noms, si ce n'est par leur prouesses militaires...

Accoudé à la balustrade, le sous lieutenant de Comminges a à sa gauche le sous lieutenant marquis de Massa. Ils conversent tous deux avec le sous Lieutenent Fitz James, lui même assis, du 9e régiment de cuirassiers, mais qui rejoindra le régiment des Guides en 1864. Deux d'entre eux, Comminges et de Massa, écriront leurs mémoires.

Les trois amis font partie de la jeunesse dorée du Second Empire, porteurs de grands noms, dont certains font leurs premières années dans l'armée, notamment aux Guides. Dans son historique du régiment, le lieutenant Ogier d'Ivry raconte : "Oui nous posions, c'est accordé ! mais cette pose, j'insiste sur ce point, était avant tout militaire. Il était de bon ton de quitter au petit jour la fleur de son habit de fête pour chausser le dolman de travail. Combien se sont tués ainsi : un par an en moyenne, ils s'en allaient poitrinaires ou fous. Comme pour la tenue d'ailleurs nous faisions nous même la police de nos santés. Quand quelqu'un s'anémiait par trop, nous le repassions au régiment de ligne." 

Malgré cette affirmation, peu de ces officiers passeront longtemps dans l'armée, préférant démissionner assez vite pour bénéficier de leur héritage, de leurs titres ou de leurs relations mondaines. 


 

Marc d'Estienne de Chaussegros de Lioux

Né le 2/12/1833

Sous Lieutenant le 1/10/1855, il est nommé au 4e régiment de chasseurs, régiment dans lequel son père sert comme Lieutenant colonel

En 1859, il passe au régiment des Guides de la Garde. Il est ici photographié en tenue de manoeuvre, avec le pantalon terminé par les fausses bottes de chavle, mais a gardé son colback, ce qui n'apparaît pas très reglementaire. 

Il est mort à Saumur le 4/1/1865.

Photo Crémiere Hanfstaengl (Paris)

  

 


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