Le 4e régiment de Cuirassiers

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Historique (1850-1914)

 

Le 4e Cuirassier a fait la campagne d'Espagne en 1823, puis celle de Belgique en 1832. Entre cette date et la proclamation du Second Empire, il n'a servi qu'en garnison, notamment à Lyon, Toul, Valenciennes, Versailles, Thionville et Vendôme.

Durant la guerre franco allemande il fait partie de la 2e division de réserve commandée par le général de Bonnemains, attachée aux troupes d'Alsace commandées par le Maréchal de McMahon. C'est le 6 aout 1870 que le régiment connait son heure de gloire lors de la bataille de Froeschwiller. Alors que l'armée française succombe sous le nombre et menace de céder, McMahon décide d'engager ses cuirassiers pour gagner quelques dizaines de minutes et mieux négocier son désengagement. L'historique du régiment décrit ainsi l'action :
"Vers deux heures et quart, aussitôt le 1er cuirassier rallié, le général Girard donne au 4em cuirassiers l’ordre de charger à son tour par escadron. Le régiment se met en mouvement par colonne serrée, marchant de façon à passer au sud d’Elsassauhsen. Le premier escadron est conduit par le colonel, il prend le galop et gagne la hauteur qui se trouve devant lui. Le terrain oblige bientôt la colonne à rompre par pelotons ; elle traverse un petit chemin empierré et encaissé, le chemin « des crêtes » garni de tirailleurs de toutes armes ; ces éléments de choix, bien déterminés à la lutte, étaient composés de tirailleurs, de zouaves, de chasseurs, de fantassins des 21e et 47e de ligne, venant de tous les points du champ de bataille ; on y comptait aussi au moins une vingtaine de cuirassiers démontés venant de Morsbronn ; ils avaient ceint la giberne d’infanterie par dessus leurs cuirasses, sans quitter leurs grands sabres, et faisaient feu avec rage. A cent metres à l’est du chemin des crêtes, le régiment en colonne de pelotons s’arrête un instant pour permettre aux escadrons de tête de se former en bataille ; pendant ce temps, la fusillade du Nieder Wald redoublait d’intensité et le crépitement des balles sur les cuirasses s’entendait comme le choc de la grêle sur les vitres.
Le 1er escadron, aussitôt forme, part à la charge : il est commandé par le capitaine Billot ; le colonel le dirige à six cent mètres environ en avant vers une houblonnière, occupée par des troupes allemands qui font un feu nourri ; l’escadron laisse Elsassauhsen en flammes à 250 mètres sur sa gauche, descend la pente assez raide, semée d’obstacles, et vient se heurter à des haies et à la houblonnière, dont les perches sont, selon l’usage, reliées par des fils de fer ; l’escadron est arrêté court, il ne peut franchir l’obstacle et sous un feu violent qui fait de nombreuses victimes, il se voit forcé de faire demi tour.
Le 2nd escadron, commandé par le capitaine Millas, suit le 1er à peu de distance ; il est également accompagné par le colonel, qui, tout à fait en avant, se dirige cette fois un peu plus au nord ; mais le terrain n’est pas plus favorable ; engagé dans des vignes et des pierrades, le 2nd escadron ne peut pas davantage aborder l’ennemi qui le fusille de près. Le commandant Broutta a l’avant bras droit enlevé par un obus, comme il passait le chemin qui se dirige au sud d’Elsassauhsen ; un cuirassiers démonté Michel vient à son secours et l’emporte pour le mettre à l’abri ; le lieutenant Prévost a le bras gauche cassé au coude par une balle ; un grand nombre de cuirassiers et de chevaux sont atteints. L’escadron fait demi tour et vient, en longeant à sa droite les granges en feu d’Elsassauhsen, se rallier avec le 1er escadron derrière le reste du régiment.
Tandis que les deux premiers escadrons se ralliaient, le Maréchal de Mac Mahon arriva vivement près du régiment. N’ayant pu se rendre compte des obstacles qui avaient arrêtes l’élan des deux premiers escadrons, il ne s’expliquait pas leur retraite et dit : "Colonel, ce n’est pas charger à fond ! – Nous allons mieux faire", répond le colonel Billet. Il se place alors devant le 4em escadron ; il a avec lui le commandant de Négroni, le lieutenant d’état major Mayniel qui ne l’a pas quitté et le sous lieutenant porte étendard Ginter. Il part au grand galop, en disant « suivez-moi ». Afin d’éviter les obstacles qui ont arrêté les deux premières charges, le colonel remonte, en le longeant, le chemin creux d’Elsassauhsen , cherchant un point pour le franchir et passer au nord ; les berges étaient hautes et raides ; le peloton de tête, impatient, tenta sans succès le passage ; il y eut des culbutes et un froissement retentissant de cuirasses ; le 2e peloton alla passer quelques pas plus loin vers l’ouest, à environ 150 mètres à l’est de la croisée du chemin de Woerth et fut suivi par le reste de la colonne. L’escadron de tête, le 4e, se trouva ainsi à la naissance d’une petite vallée gazonnée, celle qui passe au nord d’Elsassauhsen, allant sur Woerth. Le 1er cuirassiers avait chargé par là. Le 4e escadron se forma rapidement et partit au galop. « Trompette, sonnez la charge ! » ordonne le colonel. L’escadron galopait furieusement depuis près de mille mètres sans rien voir, ayant dépassé à sa droite une longue houblonnière de peu d’épaisseur, à sa gauche, des vergers, des haies, des clôtures naturelles, lorsque le sous lieutenant Ginter s’écrie : "Les voilà !" et il montre au colonel un groupe de tirailleurs prussiens qui se trouvait à une cinquantaine de pas sur la droite, dans un verger planté de pommiers. Ce verger était presque entouré de buissons et protégé du côté de la charge par une petite tranchée. Le colonel Billet, ayant à sa droite le capitaine commandant d’Eggs, à sa gauche le lieutenant Mayniel, tous trois presque botte à botte, fond sur l’ennemi ; il tenait un Allemand au bout de son sabre, et venait de sauter le fossé, quand il est croisé, bousculé, désarçonné, par des cavaliers qui font demi tour à gauche. Il tombe et reste sans connaissance sur le terrain. En même temps, le capitaine d’Eggs, qui arrivait brillamment le premier de son escadron sur les tirailleurs ennemis, tombe frappé à mort au front par une balle ; le coup de feu ayant été tiré à 4 mètres de distance sur le groupe de tête ; le lieutenant Motte est tué. Le sous lieutenant Faure, entouré et blessé d’un coup de crosse sur le bras, se dégage à coups de sabre. Le lieutenant Pelletier avait été désarçonné ; sur les six officiers qui appartenaient au 4e escadron, quatre étaient tués ou blessés ; Le commandant de Négroni avait eu la bombe de son casque traversée par un gros éclat d’obus. Le lieutenant Mayniel, qui charge pour la troisième fois, frappe de son sabre un fantassin allemand ; le brigadier Jousseaulme et le trompette Delcloux en tuent deux autres de coups de pointe. Mais, sauf quelques corps à corps isolés, l’escadron ne réussit pas à aborder le gros de l’ennemi. Rompu par les arbres et par les haies, fusillé de toutes parts sans y voir grand chose, n’apercevant aucun groupe compact qui offre un but à son attaque, il tourbillonne un instant sous les obus et les balles, puis bat en retraite en se ralliant sur la hauteur...
Le 5e escadron, qui avait appuyé le mouvement du 4e, joignit à peine l’ennemi. Le lieutenant Schiffmacher, au moment du départ, tomba mortellement frappé d’une balle au ventre ; il mourut dans la nuit même à l’ambulance de Reischoffen. Le sous lieutenant Gauthier, désarçonné, fut fait prisonnier, et l’escadron fut entraîné dans la retraite du. Cinq officiers restaient sur le terrain jalonnaient le chemin parcouru par la dernière charge. Sur le point d’arriver au ralliement, le maréchal des logis David s’aperçoit que le commandant de Négroni était obligé d’abandonner son cheval, mortellement atteint au flanc pendant la charge, vint à lui proposer le sien. Le commandant refusa cette offre généreuse ; le trompette Delcloux venait de lui amener un cheval d’artillerie tout sellé, qui errait sans cavalier, à quelques pas de là. Le brigadier Fitterer prit ensuite ce cheval, trop lger pour le commandant, et lui donna le sien ; Pendant ce temps, Delclous, sous un feu violent s‘en allait desseller tout près de l’ennemi le cheval tué ; il rallia le régiment le lendemain, rapportant la selle, avec les papiers et l’argent qu’elle contenait. Les quatre escadrons, bien réduits, vinrent se reformer derrière la crête d’où ils étaient partis, et les turcos disaient « Bravo cuirassiers ! ». Le lieutenant colonel Lacour, qui avait bien payé de sa personne, prît le commandement du régiment, puis la brigade Girard vint reprendre sa place en première ligne, devant la brigade de Brauer.
Ces charges répétées avaient arrêté pendant plus d’une demie heure le mouvement offensif des Allemands sur Froeschwiller, et permis à l’armée vaincue d’évacuer le terrain. […]
On fait l’appel et il manque au 4e régiment, 170 hommes tués, blessés ou disparus, près du tiers de l’effectif. On ne comptait guère plus de 150 hommes dans le rang pour tout le régiment. […]
»

Compris dans la retraite de l'armée d'Alsace, le 4e cuirassiers se reforme à Chalons et participe à la campagne qui mène à la capitulation de Sedan, sans avoir l'occasion d'y être engagé. Le dépôt du régiment, resté à Toul, contribue à la défense de  cette place.

Il reste en garnison en France entre 1871 et 1914.

   

Auguste Billet

 

Né à Fismes le 7/6/1817, il fait l'école de Saint Cyr en 1836. Il est nommé Sous Lieutenant en octobre 1838 et affecté au 5e régiment de lanciers. Il reste 17 ans au régiment et passe successiveement les grades de Lieutenant en 1842, Capitaine en 1846 et capitaine commandant un escadron en 1854.

En Aout 1855, il est nommé Major au 5em Hussards et part en Afrique du 8/10/1855 au 30/5/1858, puis de nouveau du 2/10/1858 au 31/5/1859. Il reçoit la croix de la Légion d'Honneur en 1857.

Nommé Lieutenant Colonel du 3em Lanciers en 1862, il est promu officier de la Légion d'Honneur en 1864.

En 1867, il est nommé Colonel du 4em régiment de cuirassiers. En 1870, il participe à la bataille de Reichshoffen le 6 aout et reçoit l'ordre de charger pour couvrir le retrait de l'infanterie à Elsasshausen, sur un terrain défavorable. Après une première charge, il est interpellé par le maréchal de McMahon qui lui indique "Colonel, ça n'est pas là charger à fond". Billet lui réplique "nous allons mieux faire" et charge à la tête du 4em escadron. Durant la charge, il est démonté et reste sans connaissance aux mains de l'ennemi. Le colonel, remis de son évanouissement causé par sa chute, est relevé et fait prisonnier par des fantassins du 58e régiment prussien. Ils accompagnent le colonel à l’ambulance et le remettent ensuite aux mains d’un officier d’état major qui lui fait donner un cheval et le conduit sur les arrières. Vers cinq heures, près de Woerth, le Prince Royal de Prusse, apercevant ce colonel de cuirassiers au milieu d’un groupe de prisonniers, s’avançe vers lui et lui dit : « J’ai remarqué vos charges, colonel. Dans un combat entre Français et Prussiens, il n’y a pas de honte à être battu. Du reste, je ne suis pas orateur, mais je dois vous dire simplement : Votre honneur est sauf, et comme preuve, donnez-moi la main."

Le 26/3/1871, il revient de captivité et reprend le commandement du régiment à Limoge. Chargé de réprimer les émeutes à Limoges, il est tué à le tête d'un peloton le 4/4/1871 alors qu'il voulait disperser un attroupement.

Photo Yvon (Vendôme)


   

Ernest Alexandre Hyppolyte Duvivier

Né le 1/7/1833 à Nantes, c'est le fils de René Charles Duvivier, général de division (à ne pas confondre avec le général Franciade Fleurius Duvivier, héros des campagnes en Algérie). Il fait l'école de Saint Cyr entre 1852 et 1854 (sorti 148e sur 279 élèves) et est promu Sous Lieutenant le 1/10/1854 au 10e régiment de dragons.

Lieutenant le 10/11/1860, il est détaché à l'école de Saumur comme officier d'instruction et y sert entre novembre 1861 et octobre 1862. Il en sort classé 2e sur une promotion de 26 élèves.

Sa promotion comme Capitaine suit donc rapidement, le 12/3/1864 et il va servir comme capitaine instructeur de cavalerie au 4e régiment de Cuirassiers. Il est photographié à droite en tenue avec les épaulettes et à gauche, en compagnie d'un lieutenant du régiment, en tenue du matin, sans épaulettes.
Le 1/10/1868, il est nommé officier d'ordonnance du ministre de la guerre, le général LeBoeuf, position qu'il occupe jusqu'au premiers jours de la guerre de 1870. Duvivier ne rejoint son régiment que le 19 aout pour prendre le commandement du 4e escadron, après la bataille de Froeschwiller, ce qui lui permet d'échapper à la futile charge d'Elsasshausen durant lequel il a été décimé. Engagé lors de la campagne de Sedan, il est fait prisonnier le 2/9/1870 et interné à Aschersleben.

Rentré en France en avril 1871, il est nommé chevalier de la Légion d'Honneur le 1/2/1872 et, le 26/11/1872, il rejoint le 12e régiment de dragons. Il est promu Chef d'escadrons au 4e régiment de cuirassiers en 1875.

Lieutenant Colonel le 17/11/1878 au 3e régiment de dragons, il y est ensuite nommé Colonel. Promu officier de la légion d'Honneur le 17/2/1889, il prend sa retraite en mars de la même année.

Il est mort le 29/8/1894.

Photo Abbeville

   


Louis Normand est né le 10/5/1823 à Beaufort dans le Maine et Loire.


Officier sorti du rang, il est nommé Sous Lieutenant au 7e régiment de dragons en 1848, puis Capitaine le 20/1/1855. Il suit son régiment en Crimée et y reçoit la croix de la légion d'honneur ainsi que les médailles britanniques et turques que l'on voit accrochées à sa poitrine sur la photo.

De retour en France, il reprend des postes administratifs, comme capitaine trésorier, puis, après sa nomination comme Chef d'escadron en mars 1863, il est muté au 4e régiment de Cuirassiers comme major, chargé du dépôt du régiment. C'est dans cette fonction qu'il se fait photographier vers 1868, alors que le régiment est en garnison à Vendôme.

Durant la guerre de 1870, il ne suit pas son régiment à l'armée du Rhin et reste au dépôt à Toul. Il participe alors à la défense de la place assiégée par les Prussiens comme major de place et membre du conseil de défense. Entre le 14 aout et le 23 septembre, les cavaliers du dépôt servent aux batteries de rempart et défendent la place avant sa reddition. Louis Normand est envoyé prisonnier à Munster, mais son action lui vaudra la croix d'officier de la légion d'honneur.

A sa libération, il retourne au 4e cuirassiers pour reprendre ses fonctions de major jusqu'en 1874, date de son passage au service du recrutement. En janvier 1879, il est nommé Lieutenant Colonel au service du recrutement à Paris. Il y finit là son honorable carrière, consacrée presque exclusivement à des fonctions administratives.

Photo Yvon (Vendôme)

     


  

Pascal Olivier de Négroni est né le 4/4/1829 à Rogliano (Corse)

Engagé volontaire aux Zouaves en 1847, il passe dans la cavalerie au 5e chasseurs en juin 1847 et fait campagne en Algérie.

Il est nommé Sous Lieutenant aux Spahis en 1852 et s'illustre durant la campagne d’Orient en 1854 comme ordonnance du général Yusuf. Promu Lieutenant en 1855, puis Capitaine en 1857, il fait campagne au Sénégal (1855-1863) et y est nommé chevalier de la Légion d'Honneur en 1856.

Il est nommé Chef d’escadrons du 4eme régiment de cuirassier en 1869 et dans cette fonction participe à la guerre de 1870. Lors de la charge d'Elsasshausen le 6/8/1870 il échappe de peu à la mort : la bombe de son casque est traversée par un gros eclat d'obus, puis son cheval est tué et il doit trouver une autre monture pour pouvoir remonter. Pour cette action, il est nommé officier de la légion d'honneur. Après Froeschwiller, le régiment se reconstitue à Chalons et participe à la campagne de Sedan. De Négroni connaîtra les affres de la captivité en Allemagne après la réddition de l'armée française. 

Peu de temps après son retour de captivité, il se fait photographier à Paris avec son frère par le photographe Appert. Il est promu Lieutenant Colonel du 4e régiment de cuirassiers en 1874.

Après avoir commandé comme Colonel le 5eme Cuirassiers entre 1877 et 1884, il est nommé Général de Brigade, commandant la 2e brigade de cuirassiers. Il est retraité en 1891 comme commandeur de la légion d'honneur et est mort en 1913.

Photo Appert (Paris)

 

Les colonels du 4e cuirassiers :

Colonel Favas (1850)
Colonel Pajol (1858)
Colonel Deban Laborde (1861)
Colonel Billet (1867)
Colonel Lacour (1861)
Colonel Grandin (1874)
Colonel Foäche (1878)
Colonel Janin (1882)
Colonel Rozat de Mandres (1887)
Colonel de Moulins Rochefort (1894)
Colonel de Noue (1897)
Colonel Huguet (1905)
Colonel Ritleng (1911)

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